| printemps 2002 | Musica Falsa # 15pornographie |
Christelle Familiari / Sandrine Fallet
|
||
|
Depuis l’Origine du Monde, les courbes du corps féminin et de son sexe n'ont plus à se cacher des regards de tous. La luxure et la censure font bon ménage. Notre époque regorge d’images scabreuses et douteuses telles que les publicitaires savent nous les affliger : grandes bourgeoises à la peau diaphane étalées ventres en l’air ventant les fragrances des grands couturiers, ou encore, mode à part, les cyniques revendications sado et zoo de la joaillerie haut de gamme sur papier glacé des magazines, version tendance. Leçons de scandale, Arnaud Labelle-Rojoux, Yellow Now, 2000 *À relire
Thierry Agnone travaille sur les limites. Sans être véritablement provocateur, il infiltre tous les stratagèmes de l’insolence et les tactiques perverses du genre humain pour nous les apporter tels que, d’une façon brutale ou insidieuse, comme il l’aura voulu. Les limites sont souvent celles, infimes, de notre justification au sein du monde : les rapports sociaux, Charity Shop exposée dernièrement chez P. Dorfmann ; les rapports intimes : de tous petits objets fabriqués tels des miniatures, petits monstres pour grands enfants, de ces petites bricoles que l’on ne peut que désirer tripoter et caler au creux de sa main. Le rapport aux mots et à la lecture, qu’il nous propose ici, n’est pas moins évocateur d’une autre limite, celle du supportable par accumulation des situations, d’objets de désir à la révulsion il transmet le réel avec peu d’arrogance et l’imaginaire fallacieux avec soin. Sandrine Fallet, loin de la subversion directe et de la provocation, transmet les valeurs subjectives d’une moralité que je qualifierai de vitale. en dénonçant les pièges moraux installés dans notre quotidien, en égratignant la religion et le culte de la vierge en particulier dans des pièces précédantes, elle n’en perd pas le sens de la foi en l’homme. Dans Cochons qui rient, elle impose aux grands (par la dimension de sa pièce) le respect qu’ils doivent aux petits. Si la “sûre” dimension des corps permet à certains adultes d’abuser des enfants, elle rappelle par là qu’ils peuvent bien être démontés de leurs membres à leur tour... et à chacun son tour, c’est le jeu. En ce qui concerne les stores qui nous cachent de la lumière et du regard d’autrui, ils affichent définitivement les images dévouées aux voyeurs. L’installation stores fermés sur le dehors ramène dans l’espace clos des désirs simples. La situation intime alors définie permet de justifier la présence de ces images surannées du plaisir : les “belles démonstratives” de nos calendriers. Christelle Familiari est une habituée des images du corps, de la femme, d’elle-même, ainsi que des démonstrations qui bouleverse toujours un peu les idées reçues : les “positions” sexuelles. Elle met en scène au premier degré l’attirance physique avec les qualités requises à l’explosion des sens. L’amour n’est jamais loin, il n’est pas forcément là, en présence directe. Elle nous propose aujourd’hui ces petites sculptures, autant de Limaces que de sexes féminins, pullulant avec légèreté telle la belle collection d’un obsessionnel fétichiste de petits bouts du corps des femmes aimées. La sensualité dégagée par ses travaux est évidente, qu’ils soient en photographie, en vidéo ou encore au crochet... les mailles ne se resserrent jamais sur la vulgarité et l’obsession sexuelle, elles se relâchent doucement vers le corps qui se réjouit sans façons de la présence et du contact de l’autre. Jean-Luc Verna nous mène par ses passions à l’exacte certitude de ses images. Intenses dessins sortis d’un monde imaginaire et fantastique, sous les traits précis du classique médium, où l’amour de la vie l’emporterai sur toutes des douceurs fades de la réalité. Violence, désir, peur, colère - Faunes, Fées, Satan et Chimères, tout pour le dessein du corps dans tous ses états. Sa matrice : Siouxsie Sioux, son emblème : l’étoile. S’il touche ici les représentations fantasmagoriques de nos sens, il fait acte d’une réelle présence au sein d’un milieu de l’art ne prisant que très peu la figuration dans sa totale et subversive liberté en quête de reconnaissance d’une l’animalité individuelle. Il représente l’humanité, sinon perdue en tous cas destinée, dans les poses dessinées, si justement dévouées à l’érotisme et à la beauté, vers les obscurs confins de la conscience et du corps.
|
||||
Thierry Agnone / né en 64, vit et travaille à Marseille et Paris Sandrine Fallet / née en 71, vit et travaille à Nantes Christelle Familiari / née en 72, vit et travaille à Nantes Jean-Luc Verna / né en 66, vit et travaille à Nice
|
||||
| Musica Falsa Revue trimestrielle : Art, Musique et Philosophie |
||||

